1924 :
Pauli propose d’attribuer des propriétés magnétiques au noyau.
1939 :
Rabi développe une technique pour mesurer ces propriétés dans une expérience
qui porte le germe de la technique RMN.
1946 :
Mise en évidence, par Bloch à Stanford
et Purcell à Harvard, du phénomène
de résonance magnétique nucléaire dans la matière condensée. Cela leur vaut
le prix Nobel en 1952.
1949 : Knight met en évidence le déplacement chimique.
1966 :
Ernst construit un spectroscope à impulsion et à transformée de Fourier. À
la même époque arrive sur le marché des aimants supraconducteurs fiables.
1971 : Jeener, Ernst développe la RMN 2D puis 3D.
1973-1975 :
Extension de la RMN vers l’IRM (Paul
Lauterbur
(Prix Nobel de médecine 2003 avec Peter Mansfield) et Ernst)
Ce bref historique illustre typiquement le rapport étroit entre l’évolution des connaissances (physique théorique) et les avancées technologiques (cryogénie, électronique (traitement du signal), informatique) qui ont prévalues tout au long du siècle dernier.
La résonance magnétique nucléaire est un phénomène qui
apparaît lorsque les noyaux de certains atomes, immergés dans un champ
magnétique uniforme B0, sont exposés à un autre champ
magnétique variable Be.
Tous les noyaux ne répondent pas au signal. Cela dépend
d'une de leur propriété : le spin nucléaire.
Dans la mesure où il y a interaction entre un rayonnement électromagnétique
et la matière, la RMN est une spectroscopie ; mais, comme il n'y a pas
d'excitation vers un état d'énergie plus élevé, elle ne peut pas être
considérée comme une
spectroscopie d'absorption.
La RMN est utilisée pour étudier les propriétés physiques, chimiques et
biologiques de la matière ; de ce fait, son champ d'application s'étend à de
nombreux domaines. Si en analyse de routine, les chimistes se contentent de
technique à une dimension, celles à 2D sont incontournables dès que les
structures deviennent plus compliquées : ces techniques tendent à remplacer la
cristallographie par rayons X dans l'étude des protéines. La dynamique
moléculaire n'échappe pas non plus à la RMN.
Au même titre que l'on admet que les électrons possèdent un moment cinétique propre (spin), les nucléons possèdent un moment cinétique intrinsèque I que l'on appelle spin nucléaire. La contribution collective des nucléons entraîne un moment cinétique intrinsèque pour le noyau qui est quantifié :
où
I = 0, 1/2, 1, 3/2,… est le
nombre quantique de spin nucléaire.
Les neutrons et les protons sont des fermions qui sont caractérisés par un
spin demi entier (I = ½).
La composante Iz suivant une direction de
référence z est aussi quantifiée. Iz ne peut donc
prendre que certaines valeurs que l'on peut mettre sous la forme :
où
mI est le nombre quantique magnétique de spin qui peut
prendre les valeurs :
0, ½, (I - 1), I selon la valeur de I.
Comme, à l'instar des électrons, il y a appariement de spins des protons et
des neutrons dans les noyaux, nous obtenons le tableau suivant.
|
|
|||
Comme le spin nucléaire du proton vaut 1/2, le nombre quantique magnétique peut prendre deux valeurs : mI = ±½

Nous allons envisager le comportement énergétique d'un proton puis d'un ensemble de protons placés dans une région localisée de l'espace où règne un champ d'induction magnétique B0 uniforme et homogène.
De la même façon qu'un électron présente un moment magnétique dû à son moment orbital et un moment magnétique de spin, le proton présente un moment magnétique de spin µ :
![]() |
où p est le rapport gyromagnétique du proton (2,6751987.108 rad.T-1.s-1) |
Ce moment magnétique est donc lui aussi quantifié :
![]()

Si l'on place la particule dans un champ magnétique homogène B0
cela aura pour effet de la soumettre à un couple de moment tel que : ![]()
soit en valeur : ![]()
|
|
Ce produit vectoriel impose au couple G
d'être à
la fois perpendiculaire à µ et à B0. D'autre part, en mécanique classique, le théorème du moment cinétique permet d'écrire : ![]() Comme nous venons de voir que :
==> Géométriquement cela impose que : Le moment magnétique conserve sa norme ! |
À l'aide d'un raisonnement analogue :
==>
==>
soit
![]()
Ce qui impose à l'angle entre ces deux vecteurs de rester constant. Le moment
magnétique ne peut donc décrire autour de la direction de B0
qu'un mouvement de rotation, appelé précession de Larmor (comme le
mouvement d'une toupie placée dans le champ de pesanteur).
Recherchons la vitesse angulaire w0
de rotation d'un moment magnétique µ autour de B0.
De la figure ci-dessus, on tire
or par définition
==>
==>
Nous avons été amené à écrire précédemment : ![]()
En identifiant, il vient :
==>
La vitesse angulaire de rotation est donc proportionnelle à l'intensité du
champ appliqué.
Pour la fréquence nous aurons donc : ![]()
Notre démonstration s'est appliquée à un proton. Pour un ensemble de
protons, il y aura une précession de l'ensemble des moments magnétiques
quantifiés autour de B0. Cela doit donc pouvoir se traduire, à l'équilibre, par une
aimantation résultante M0 le long de B0 (on parle de paramagnétisme
nucléaire).
L'interaction entre un moment magnétique et le champ
magnétique se traduit par l'énergie potentielle d'interaction :
soit ![]()
Compte tenu de la quantification du moment magnétique, deux valeurs possibles
apparaissent pour l'énergie potentielle :
Pour le spin up () :
soit ![]()
Pour le spin down (¯) :
soit ![]()

L'application du champ magnétique B0 crée
une levée de dégénérescence faisant apparaître deux niveaux d'énergies
différents dont la séparation est d'autant plus nette que le champ sera
intense.
Si l'on traduit la différence en termes de fréquence : ![]()
La fréquence de Larmor (qui est la fréquence avec laquelle s'opère le
mouvement de précession) concerne à la fois les moments magnétiques up et
down.
Comme cet écart en énergie est proportionnel au champ B0,
nous pouvons dresser, pour le proton, un tableau de correspondance entre le
champ appliqué, et la fréquence de résonance :
|
B0 = 1,4 T |
n0 = 60 MHz |
| B0 = 4,7 T | n0 = 200 MHz |
| B0 = 9,4 T | n0 = 400 MHz |
| B0 = 14,1 T | n0 = 600 MHz |
| B0 = 21,2 T | n0 = 900 MHz |
La répartition de la population des spins sur ces niveaux suit la loi statistique de Boltzmann :
![]()
Le niveau de plus basse énergie est donc plus fortement
peuplé.
Recherchons un ordre de grandeur pour différentes valeur des champs à 300K (h
= 6,626.10-34 J.s et k = 1,38.10-23 K-1)
Pour un champ de 1,4 T : ![]()
Pour un champ de 4,7 T : ![]()
Pour un champ de 9,4 T : ![]()
Pour un champ de 14,1 T : ![]()
Pour un champ de 21,2 T : ![]()
On remarque que la différence entre le peuplement des deux niveaux est très
faible mais s'accroît quand même avec la valeur du champ appliqué.
Les noyaux qui ont un spin " up " ()
sont donc plus nombreux que ceux qui ont un spin " down " (¯).
Dans un échantillon macroscopique l'aimantation résultante M0
sera donc très faiblement alignée le long de B0.
En effet, nous n'avons jusqu'ici considéré qu'un seul noyau alors que c'est
toute une population de N noyaux qui interagissent avec le champ. Il faut alors
tenir compte de l'aimantation de l'échantillon : ![]()
L'aimantation M0 sera d'autant plus
intense que le champ sera intense et il en résultera un signal plus intense.
D'où l'utilisation d'aimants de plus en plus puissants.
Notons que cette infime différence impose ,malgré tout, une électronique
très sensible. Et qu'à sensibilité donnée, travailler à champ intense
augmentera donc la résolution du spectromètre même si le rapport signal/bruit
restera très faible.
Nous pouvons aussi remarquer que si la température augmente, le rapport des
populations tend vers 1 ce qui minimise encore le rapport signal/bruit.
Le champ B0 appliqué extérieurement à l'échantillon ne
présente pas nécessairement la même valeur au niveau des différents protons qui appartiennent à une même molécule. En effet, le "nuage
électroniqu " local apporte en général un effet perturbateur, qui se
traduit, au niveau du noyau, par une valeur légèrement différente de B0 et
qui s'écrit B0 (1- s).
s est appelé coefficient d'écran ; il est positif lorsque ce phénomène
a pour origine principale la précession du moment cinétique orbital - qui est
associé au mouvement de rotation du nuage électronique - par rapport à B0. Le
champ induit par cette précession est de signe opposé à B0. Il s'ensuit que
la fréquence de résonance n'est plus exactement égale à
mais
:
ce qui revient à corriger le rapport gyromagnétique du
facteur (1-
s) et conduit à une différentiation des fréquences de résonance
en fonction de l'environnement électronique du noyau considéré, donc de la
nature du groupement chimique auquel il appartient.
Cet effet est connu sous le nom de déplacement chimique - "chemical shift" -. Il s'agit d'un effet fin -
s, nombre sans dimension, est de
l'ordre de 10-6 - qui ne peut être observé qu'au moyen d'un champ B0 aussi
homogène que possible sur tout le volume de l'échantillon. C'est la raison
pour laquelle l'échantillon est placé dans un tube fin en rotation. Mais il
s'avère quand même indispensable de corriger l'inhomogénéité naturelle du
champ B0 principal au moyen de bobines annexes - appelées "shims" en
anglais- qui produisent des champs correctifs.
L'effet de déplacement chimique étant décelable grâce aux corrections de
"shims", il convient de définir une procédure pour le
caractériser.
La mesure de B0 avec une précision meilleure que 10-6 étant impossible, on
préfère mesurer n0 par rapport à la fréquence de résonance nref
d'une substance de référence (TMS : tétraméthylsilane). En outre, pour
permettre une comparaison plus commode entre des spectres enregistrés à l'aide
de spectromètres opérant à des valeurs différentes de B0, on a recours à
une échelle dite "delta", d ; qui exprime en ppm -parties
par millions - et qui est définie par la relation :